La traversée des Alpes en vol bivouac

Septembre 2014… les prévisions météo ne sont pas très bonnes mais le sac est fait. Erik Rehnfeldt et moi partons à pieds de la maison à Annecy, pour marcher et voler vers la Méditerranée…

Jour 1

Première montée à pied en direction des faces Est des dents du Cruet. Ce balcon nous sert souvent pour des départs en cross, mais on est le 6 septembre et les conditions ne sont pas terribles. Aurons-nous le goût de continuer si notre aventure commence par un vol misérable ? Nous devons franchir cette ligne invisible où le retour est encore possible, nous arracher à la pesanteur du confort. C’est avec cette pensée que nous nous battons sur ce premier vol dans chaque combe. Nous volons ensemble pour éviter qu’un cycle nous sépare. Après la Tournette, nous survolons le Grand Arc pour nous enfoncer en Maurienne. Les forêts regorgent de cascades. L’inconnu est déjà sous nos pieds. Une confluence nous épargne une descente aux enfers vers la brise puissante et les toiles d’araignées géantes de St Jean de Maurienne. Nous posons en altitude, près d’un village dont l’épicerie et le bar restau seront de bonnes surprises pour les voyageurs affamés que nous sommes.

Jour 2

Comme tous les jours qui suivront, nous partons tôt pour avaler les 1000 mètres de dénivelé qui nous montent aux crêtes. Le vent d’Ouest nous enlève tout espoir de décollage en face Est. Nous partons donc des grands alpages des faces Ouest de Casse Massion pour un vol magnifique et sauvage. Aux Aiguilles d’Arves de puissant thermiques brossés nous montent jusqu’à 3800m. Sur notre ligne de vol se dressent comme une forteresse infranchissable la Meije et la face Nord des Ecrins, qu’il nous faut contourner par l’Est en plongeant sur le col du Lautaret. Nos voiles se déforment et rebondissent dans les turbulences comme deux coquilles de noix dans un torrent : conditions limites. La vallée s’offre à nous avec ses larges pelouses, ses villages aux toits de lauze et son torrent argenté. Tant-pis pour le rythme, nous finirons l’après midi à barboter dans un jacuzzi d’eau thermale en racontant notre odyssée aux sirènes locales.

Jour 3

La nuit sous tente a été fraiche. Nous nous réchauffons en avalant 1100m de dénivelé jusqu’au col de la Cucumelle. Il faut décoller tôt pour éviter les orages. Après un vol avorté côté Serre Chevalier, nous décollons en Ouest, face au Pelvoux. Un aigle nous ouvre la voie vers Vallouise. Le décor est splendide, les thermiques vigoureux mais les plafonds insuffisants pour échapper aux puissantes brises de vallée qui remontent le long de la Durance. Nous finissons ce vol scotchés sur ses berges caillouteuses et poursuivons la route à pied, le long de la rivière qui serpente dans une forêt de pins. Les rideaux de pluie nous rattrapent à la nuit tombée. Des pêcheurs nous indiquent une bonne adresse pour manger dans le petit village de Chateauroux. Une bouteille de vin et un bon pot eau feu complètent l’initiation à la gastronomie française de mon co-équipier suédois.

Jour 4

Nous marchons depuis 4 heures dans les pentes boisées qui surplombent le décollage de Serre Buzard. Cette face Sud-Est devrait nous permettre d’avancer en vol avant que les surdéveloppements et la brise ne nous stoppent. Nous décollons à midi dans une clairière étroite, mais avec le flux d’Ouest nous sommes sous le vent et malgré nos efforts pour rester au relief, nous perdons de l’altitude à chaque transition. 40 minutes plus tard nous posons à Embrun. Nous rejoindrons les rives du lac de Serre-Ponçon à pieds avant l’orage.

Jour 5

Erik marche devant, le nez collé à son smartphone pour trouver le chemin qui mène au Morgon. Cet outil magique remplace les cartes, la radio, l’appareil photo et assure notre sécurité tout en nous donnant des indications météo ! Une belle pelouse au pied des falaises nous offre un décollage idéal. Nous transitons aussitôt sur Dormillouse. Attirés comme des canards sauvages par la présence de quelques uns de nos congénères sur le décollage de St Vincent les Forts, nous faisons une halte : après 5 jours à travers les Alpes, c’est la première fois que nous croisons des parapentistes. Mais le ciel tourne au gris et le moral en prend un coup car nous n’avons pas beaucoup avancé.

Jour 6

Nous montons décoller au sommet des pistes de St Jean de Montclar. Les conditions nous permettent d’avancer sur les crêtes de la Blanche. Quel plaisir de voir à nouveau défiler le paysage, guidés par les vautours et les nombreux planeurs qui sillonnent le secteur. Au Cheval Blanc, notre passé de compétiteurs nous rattrape. La LM5 d’Erik attaque le long des crêtes et moi je prends une ligne plus au large, glissant de cumulus en cumulus en poussant ma Boom Xalps sur le haut de sa plage de vitesse. Nos trajectoires divergent et notre stratégie de rester ensemble en vol comme au sol est mise à mal. Le vent nous contre. Erik tente de forcer le passage sous le vent d’une crête. Moi je suis contraint de faire demi tour vers Castellane. Penaud, chacun essaye maintenant de rejoindre l’autre en pilotant… le téléphone à la main. Nous finissons par poser tous les deux à proximité de Vergeons. La place de ce village ressemble à une carte postale de Provence, avec son platane et son troquet inchangé depuis des lustres. L’accueil est chaleureux, nous plantons nos tentes à côté de la chapelle.

Jour 7

Un sentier nous mène aux crêtes sauvages de la Bernarde, occupées par un troupeau de moutons et sa bergère. Nous finissons par trouver une pente protégée du vent arrière par quelques pins faméliques. Nous sommes clairement sous le vent mais nous décollons quand même, et rapidement le vol se transforme en opération de survie. Du côté de la montagne de Bleine, la masse d’air n’est que turbulences et confluences : nous nous perdons de vue et chacun pose de son côté, en catastrophe. Le coup au moral est sévère, il faut continuer à pieds dans un dédale de vallées. Faute de couverture GSM, nous progressons sur des chemins différents une bonne partie de la journée sans parvenir à nous retrouver. Mon ami Jean Vincent qui connait bien le secteur finira par nous retrouver tous les deux et nous guider jusqu’à un lieu de bivouac à de 30 km de la mer.

Jour 8

Enfin nous apercevons la mer. L’euphorie nous pousse à décoller un peu tôt et nous n’arrivons pas à prendre suffisamment d’altitude pour traverser les gorges de la Siagne. Le goût de sel que nous sentons maintenant c’est celui de notre sueur qui coule à flot pour rejoindre à pied un endroit à peu près décollable dans la garrigue. Cette fois le thermique est là et nous survolons bientôt Grasse. Un dernier regard sur les montagnes d’où nous venons et nous entamons un long plané vers cette mer tant désirée. Une sensation de fraîcheur et de sérénité nous inonde. Nous partageons un puissant sentiment d’achèvement . Sur les marches du Carlton, des touristes nous prennent en photo. Notre carrière de stars s’arrête net au moment où mon pote Didier vient nous récupérer en Twingo 2 portes.

Et pour finir une petite vidéo réalisée avec les moyens du bord par Erik

Vol-Bivaouc-2014-Annecy-Cannes from eriksadventureblog.com on Vimeo.

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3 réflexions sur “La traversée des Alpes en vol bivouac

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