Vol bivouac au kirghizistan – le récit

Après notre traversée le long de l’Himalaya indien de Dharamsala au Népal, mon compère Erik Rehnfeldt et moi étions bien décidés à repartir avec nos voiles vers une destination inconnue. Notre doigt fini par se poser sur un petit pays qui ressemble à un confetti arraché à l’empire soviétique. Accroché sur les hautes montagnes de la chaîne du Tian-shan, le Kirgizistan semble parfaitement sauvage. C’est décidé ce sera notre destination pour l’été 2016. Fred et Martin deux copains de Chamonix ont aussi pris leurs billets. Nous les rejoindrons pour 10 jours de vol bivouac dans cette partie de l’Asie centrale.

20 juillet – Col de Too Ashuu

Nous montons pour la deuxième fois au col de Too Ashuu. La veille nous avions tenté d’ici un départ en cross, rapidement transformé en retour balistique vers le confort, tout relatif, de notre petit motel. Les conditions ne semblent pas vraiment meilleures aujourd’hui, mais cette fois, plus d’excuses, il nous faut partir, quitter les derniers restes de civilisation. Dans la montée, je me perds dans le brouillard. Je fini après une heure d’errance par rejoindre Erik pour décoller à la faveur d’une trouée dans les nuages. Les thermiques sont poussifs mais quelques énormes vautours nous aident à passer les premières crêtes. Au loin, deux voiles sont étalées au pied d’une colline c’est Fred et Martin qui sont partis à pieds du col il y a deux jours. Nous les rejoignons pour un deuxième vol, guère plus long, mais suffisant pour nous séparer une nouvelle fois. Ils continueront à pied alors qu’Erik et moi seront accueillis dans une famille de nomade. Trois générations de cavaliers kirghizes se partagent une yourte traditionnelle. Très rapidement, la table se couvre de thé, de viande de mouton et de lait de jument fermenté. L’accueil sera à la hauteur et nous fêtons notre départ à coup de Vodka. Davaïe !!

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21 juillet – Orage et désespoir

Le cheval chargé de son jeune cavalier et de nos deux voiles ne pourra pas monter plus haut. Notre hôte fait demi-tour et nous souhaite bonne chance. Il nous laisse face à un sommet encore lointain. A l’horizon le ciel s’obscurcit, il nous faut continuer à pied vers l’arrête que nous avons repérée 1000m plus haut. Seul le vol nous permettra d’avancer à travers ces montagnes. Nous sommes à 3500 m lorsque quelques gouttes finissent par calmer notre optimisme. Nous sommes contraints de bivouaquer au pied d’un gros bloc rocheux. L’orage redouble et lorsque la nuit arrive, le froid est glacial. Ce soir, nous n’arriverons pas à allumer le réchaud. A chaque rafale, j’ai peur que notre mince tente ultra light n’explose. Je fini par m’enrouler, le ventre vide, dans ma couverture de survie en m’interrogeant sur le progrès social que constituent les congés payés.

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22 Juillet – Vallée de Suusamyr

Lorsque nous ouvrons la tente, quelques chevaux sauvages broutent autours de nous. L’herbe est gorgée d’eau et de neige. Des grondements orageux s’entendent encore au loin. Nous sautons dans nos chaussures mouillées et nos sellettes Strike. Nous mettons le cap vers un petit point bleu flottant dans un océan de verdure. Cette bouée de sauvetage, c’est la roulotte d’Alexie. Ce Russe au regard d’acier, vit ici à la belle saison en autonomie complète. Le miel fournit par ses 200 ruches lui assure de quoi vivre toute l’année. Nous nous régalons de sa production. L’homme sourit lorsque nous lui expliquons notre nuit. Lui aussi a été secoué par les rafales. Nous le quittons pour rejoindre les faces ouest de la vallée de Suusamyr en espérant y décoller dès ce soir. La rivière qui coupe cette vallée en deux s’avérera infranchissable, il nous faut rebrousser chemin sur 30 km pour enfin la traverser. Nos cartes militaires russes finissent par nous conduire à la seule maison du secteur. Peu d’habitants affrontent ici, les rigueurs de l’hiver. Nos hôtes en font partie. Ce sont des éleveurs de chevaux. Nous leur expliquons avec quelques mots de Russe et un bout de papier notre projet de rejoindre les rives du lac Issyk kul. Cette nuit nous dormirons au sec mais notre moral sera bien entamé par ce détour.

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23 juillet – Vallée inconnue

Ce matin quand nous sommes montés sur un sommet bien exposé, l’aérologie semblait meilleure que les autres jours ; maintenant je suis pris de doutes. Le vent depuis notre décollage semble forcir. Je ne sais plus où diriger mon bord d’attaque. Sur les crêtes le vent balaye violemment les premières barbules. En vallée pas un arbre, pas une fumée qui pourraient me renseigner sur la force de la brise. Nous glissons poussés par le vent le plus loin possible. Le GPS m’indique 70km/h alors que je suis debout sur les freins pour stopper toute amorce de fermeture. Je me pose à la faveur d’un élargissement dans la vallée, content d’affaler ma voile sans problème.
Nous aurons réussi à arracher quelques poignées de kilomètres en vol au prix d’une petite décharge d’adrénaline. Il nous faut continuer à pied.
Quelques heures plus tard, nous nous arrêtons pour observer un attroupement de chevaux. De jeunes cavaliers disputent une partie de bozkachi sous l’œil attentif des plus anciens. Ce jeu traditionnel consiste à arracher une carcasse de chèvre décapitée, au camp adverse. Ici pas d’arbitre, tous les coups sont apparemment permis, nous applaudissons aux coups les plus bas ! Nous serons accueillis sous une yourte par une famille d’origine Chinoise et leurs voisins Pakistanais. Ces bergers nous serviront le meilleur yogourt de notre vie.

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24 Juillet – Col de Kapacon

En guise de déjeuner nous avons avalé 1000m de dénivelé pour glisser en vol jusqu’au pied du col de Kapacon. Nous avions rêvé de le passer en vol mais, comme hier, le vol ne s’est pas aussi bien passé que prévu et il nous a fallu marcher une bonne partie de l’après-midi pour enfin rejoindre ce col à 3400m, passage obligé vers la province de Naryn
Nous finissons par décoller d’un pierrier, pour nous retrouver propulsés en soaring à 4300m au cœur d’une carte postale. Les crêtes sont couvertes de glaciers. Le paysage est complètement vierge de trace humaine. J’imagine que les alpes devaient ressembler à ça il y a quelques siècles. Nous sautons de crêtes en crêtes, poursuivis par nos fidèles compagnons les cumulonimbus. Ma Poison Xalps fait des merveilles et je suis obligé attendre un peu l’ami Suédois dans un thermique doux et particulièrement large. Le ciel s’obscurcit, mon altimètre m’indique 4000m et ça monte de partout. Impossible d’attendre plus, je dois quitter la LM5 d’Erik qui se bat dans l’ombre, pour fuir vers la plaine d’Ak-Kudu.
A la nuit tombante, grâce à ma balise Iridium, je fini par retrouver mon co-equipié avec un grand soulagement. Il s’est fait adopter par une grand-mère kirghize et regarde tranquillement un programme folklorique local sur une télé de l’époque bolchevique.

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25 Juillet – Province de Naryn

Ici le décor est plus aride. Nous peinons à gravir un nouveau sommet, écrasés par la chaleur moite et les 20kg de nos sacs. A plus de 3000m, le soleil brûle notre peau et cette fois nous ne trouvons pas de rivière pour nous ravitailler. J’arrive au sommet une bonne demi-heure après Erik, complètement épuisé. L’aérologie est bien différente des alpes. Les brises circulent à l’ opposé de toute logique et s’entremêlent avec le vent pour nous rendre fou. Une fois de plus le vent et les orages écourterons notre vol. Nous finirons par planer vers le bourg de Kotckor où la civilisation nous attend.

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26 Juillet – Lac d’Ozero Aral

Quel plaisir de retrouver Martin et Fred ici. Nous avons marché toute la journée et traversé quelques torrents glaciaires pour les rejoindre à 3200m sur les berges du lac Ozero Aral. Leurs traits sont tirés mais leurs visages sont souriants. Nous échangeons quelques boutades en racontant nos aventures. Ils redescendent vers Kotckor dépités et épuisés. Ils n’ont pas pu voler depuis notre dernière rencontre. Erik et moi décidons d’établir notre bivouac dans ce paradis naturel pour profiter d’un bon bain et de la fin de journée ensoleillée en espérant pouvoir voler le lendemain.

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28 Juillet – Arrivée au Lac Issyk kul

Le col surplombant notre bivouac ouvre la possibilité de décoller en face Est déjà alimentée en thermiques ou sur les pentes Ouest, face au fort vent météo. Nous échangeons nos points de vue pour choisir la meilleure option, quand le premier orage de la journée arrive et met fin aux palabres. Après le décollage nous plongeons sous le vent dans une vallée inconnue et complètement minérale. Nos voiles se tordent mais nous finissons par rejoindre la province du lac d’Issyk kul avant la pluie. Cet immense lac littéralement appelé « le lac chaud » ne gel jamais. Il est le cœur du Kirghizistan et de ses habitants.

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29 Juillet -Balycktchy

Nous nous réveillons dans un palace décrépit, posé au milieu d’une infrastructure militaro- industrielle datant de l’empire soviétique. Sous notre fenêtre gît le buste d’un apparatchik, dont tout le monde semble avoir oublié l’existence. Dans cette ville échouée sur les rives occidentales du lac, les habitants circulent dans la poussière comme des zombies. Nous sommes parachutés dans un vrai décor de jeu vidéo mais pour nous c’est «game over », notre aventure est finie. Les éléments n’auront décidément pas été de notre côté. Cependant, nous rentrons de ce périple avec des paysages plein les yeux et surtout avec le plaisir d’avoir partagé de bons moments d’authenticité et de fraternité avec les kirghizes. Les montagnes du Tian-Shan et leurs habitants resterons pour longtemps gravés dans nos mémoires.

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Remerciements : Erik, Fred et Martin pour avoir partagé avec moi cette aventure, Skywalk et Sup’air pour le matériel

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Matériel vol

Voile Skywalk Poison Xalps (4 kg)
Sac Sup’Air Treck 90L (0.9 kg)
Sellette Sup’Air Strike (2.0 kg)
Secours Supair Xtralight (1.2 kg)
Casque (0.3 kg)
Kit de réparation (0.1 kg)

Électronique

Vario (0.1 kg)
Batterie secours (0.1 kg)
Smartphone (0.1 kg)

Materiel Bivouac

Tente Vaude UL 1/2 (1.1 kg)
Duvet Cumulus 400 (0.9 kg)
Matelas Thermarest (0.35 kg)
Confort Vêtements rechange (1.0 kg)
Nourriture lyophilisée et graines (1.0 kg)
Eau (1.5 kg)

Sécurité

Balise Delorme InReach (0.1kg)
Pharmacie (0.1kg)

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